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Aden et les écrivains Français

Posted by adenfrancais sur avril 13, 2011

Aden et les écrivains Français

Dans le sillage de Rimbaud, Henry de Monfreid et Paul Nizan ont joué les aventuriers au Yémen. André Malraux et Romain Gary y ont pourchassé le fantôme de la reine de Saba. Albert Londres et Joseph Kessel y ont vu des mirages.

Paul Nizan arrive au Yémen en 1926. «Une pyramide violette qui monte la garde se hisse sur le dos de l’océan Indien. Elle augmente de minute en minute comme les plantes que les fakirs font pousser rien qu’en les regardant. […] On découvre des maisons qui prennent peu à peu la taille des terriers où habitent les hommes, une ville à l’ombre de rochers éclatés. L’ancre tombe, une fumée de sable s’épanouit dans la mer: 12°45’de latitude Nord, 45°4’de longitude Est: c’est Aden.»

A l’âge de vingt ans, le normalien en rupture de ban, l’ami de Jean-Paul Sartre, débarque dans la péninsule arabique pour se confronter au fantôme plaintif d’Arthur Rimbaud: «Aden est un roc affreux, sans un seul brin d’herbe ni une goutte d’eau bonne: on boit l’eau de mer distillée. La chaleur y est excessive, surtout en juin et septembre qui sont les deux canicules. La température constante, nuit et jour, d’un bureau très frais et très ventilé est de trente-cinq degrés.» Dans le sillage rimbaldien, Henry de Monfreid parcourt la mer Rouge, dont Aden constitue la dernière escale. Le 25 juin 1914, il note dans son journal: «Nous traversons la rade d’Aden où de nombreux vapeurs scintillent, notamment un croiseur italien sur lequel on dîne à l’arrière, au son d’un phonographe. Les bouées rouges et vertes marquant la passe se dandinent sur la houle comme pour nous souhaiter bon voyage.»

Sous la plume d’Albert Londres, le Yémen semble surgir d’un songe des Mille et une nuits: «Ô pays! Tu as des perles au fond de la mer, des étoiles au fond des cieux, mais tu n’as rien entre les deux! En rêve, je voyais des contrées lointaines et magnifiques; je tendais mes lèvres vers d’imaginaires carafes d’eau fraîche et naturelle, quand des ombres remuèrent à quelques pas: les sicaires aux deux poignards et au fusil s’avançaient sur leurs pieds nus.»

André Malraux, lui, s’était mis en tête de retrouver la capitale de la reine de Saba: «Ces terres légendaires appellent les farfelus. Lorsque je cherchais des documents sur Mareb, Charcot me signala les rapports d’Arnaud, le premier Européen qui ait atteint Mareb. Il vint à Sanaa avec la mission turque et gagna Mareb sous un déguisement. Il y trouva cinquante-six inscriptions dont il prit l’estampage avec une brosse à chaussures – et un âne hermaphrodite.»

Avant Malraux, Gérard de Nerval se passionna également pour l’histoire de la belle Balkis, héritière du trône sabéen, reine du Matin immortalisée dans la Bible et le Coran. Romain Gary a franchi le pas: «J’ai marché sur les ruines de Mareb, dans un vent de sable qui brouillait de ses danses jaunes les contours du temple de la Lune où avaient prié les fondateurs du Yémen, arrière-petits-fils de Noé. J’ai vu les têtes d’albâtre des idoles fracassées et j’ai marché sur les restes émiettés de ces dalles de bronze où jouait il y a trente siècles l’enfant de la reine de Saba et du roi Salomon.»

Est-ce en quête des légendes antiques que Rudyard Kipling et plus tard Philippe Soupault ont visité «l’Arabie heureuse»? En route pour l’Abyssinie voisine, Joseph Kessel évoque les splendeurs yéménites dévorées par le désert: «Ces remparts massifs, ces maisons magnifiques ne sont qu’un trompe-l’oeil. Tout est rongé, taraudé, tout s’en va en poussière. On expédiait d’ici, autrefois, le meilleur café du monde.»

Comme le souligne Evelyn Waugh, «Aden est un volcan éteint, relié au continent par un étroit banc de sable pratiquement invisible. Pas un arbre, pas une fleur, pas un brin d’herbe n’y poussent. […] Le seul luxe compensatoire est un animal marin empaillé, miteux et manifestement de sexe mâle, qui est enfermé dans un coffre et que l’on montre solennellement aux touristes en leur affirmant – moyennant une redevance – qu’il s’agit d’une sirène.» A croire que la poussière et la soif entretiennent les légendes, toujours présentes parmi les ruines de torchis.

Paul Nizan Aden Arabie

Albert Londres Pêcheurs de perles

Romain Gary Les trésors de la mer Rouge

Joseph Kessel Fortune carrée

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